La Licorne dans l’alchimie

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La licorne n’est-elle pas plutôt d’un blanc teinté de rose, comme le mélange de la lune pâle et du soleil, comme la nébuleuse de la Rosette qui, dans le ciel, avec sa rosace enserrant un noyau de vide, forme l’oeil de la licorne ?  » (Waclaw Zelenca – La Navigation hermétique)

 » Dans la – Philosophia reformata – parue à Francfort en 1620, Mylius illustre le processus du Grand Oeuvre par une série de sept symboles dont le sixième est figuré par une licorne reposant sous un arbre en fleur. Il s’agit du symbole du  » spiritus vitae  » ou esprit de vie qui montre la voie vers la résurrection. Dans – Les Noces Chymiques – de Christian Rosenkreutz (1459) nous assistons au mariage philosophique du Roi et de la Reine d’où résulte le Grand Oeuvre. Ici la licorne et le lion sont réunis. Pour Eugène Canseliet, la corne de la licorne n’est autre que la Pierre philosophale. Il est rejoint dans cette analyse par Goethe dans – Le Serpent vert – et par Gustav Meyrink dans – Le Visage vert -. La licorne, bête surnaturelle qui surgit sous les frondaisons est donc liée à la couleur verte, à l’émeraude, au st Graal. C’est une lueur verte qui auréole la transmutation philosophale, c’est une aveuglante lumière verte qui vient du coeur d’Amoghassidi seigneur des verdoyants royaumes nordiques et c’est une lueur verte qui accompagne la traversée du Bardo décrite dans – Le Livre des morts tibétains « . Jules Verne nous décrit aussi cet état d’extase qui se produit chez deux amoureux quand ils cherchent à contempler le – Rayon vert -. Songeons aussi à la terre verte du Groenland, à l’homme au manteau vert du Dikr musulman, au manteau vert chez les Ophites, à l’émeraude tombée du front de Lucifer, le porteur de lumière. Et aussi à la Table d’émeraude, au vert de gris qui sert de base à la préparation de l’or philosophal. C’est aux abords de la – Terre verte – que les navigateurs allaient quérir la dent du cétacé (le narval) laquelle allait être vénérée comme une authentique corne de licorne. Animal androgyne qui sublime sa sexualité, la licorne se retrouve sur les genoux d’une vierge androgyne. La licorne résume les phases du Grand Oeuvre : d’après Ctésias, médecin grec de Darius et d’Artaxerxès II, rois de Perse au Vè siècle avant notre ère, sa corne est blanche à la base, noire au milieu et rouge à son extrémité, ce qui correspond curieusement à l’Oeuvre au noir, à l’Oeuvre au blanc et à l’Oeuvre au rouge. Ce savant aurait recueilli ces principes lors d’un voyage dans l’Inde du nord et les relate dans son ouvrage – Indica -.

Dans son étude sur le baptistère de Parme, Claudio Mutti (Symbolisme et art sacré en Italie) met en évidence l’opposition du couple de licorne. La ligne idéale qui traverse le centre de l’octogone des fonts baptismaux réunit ici le principe lunaire et solaire des licornes. La vierge qui se trouve entre les deux licornes incarne la – materia prima – substance primitive dont s’est servi le Principe créateur de tout ce qui existe d’après Fulcanelli. Ainsi la licorne est aussi l’incarnation de la Connaissance. Les – Tapisseries de la Dame à la Licorne – (musée de Cluny) sont peut-être des survivances du langage secret des  » Fidèles d’Amour  » .

Dans le château du Plessis Bourré en Anjou, on peut voir une licorne domptée qui orne un caisson du plafond (XVè siècle). Mais la verge frontale de la licorne n’est pas torsadée comme de coutume, elle ressemble à une longue épée. Cette licorne semble liée aux activités hermétique de Messire du Plessis. Louis XI surnommait ce château  » la Boite à l’Enchanteur « … Eugène Canseliet dans  » Deux logis alchimiques  » nous rappelle que cette étrange bête doit affirmer l’idée de l’irrésistible pénétration, phase du Grand Oeuvre, que les traités en langue latine désignent par les termes  » Conjunctio sive Coitus ».

Le peintre flamand Jérôme Bosch (1450-1516) peint une licorne dans – Jardin des délices – . Membre d’une fraternité secrète on le disait en quête de la Pierre des Sages.

Nous retrouvons la licorne dans – L’Hypnerotomachia – (Songe de Poliphile) oeuvre attribuée à Francesco Colonna (1499 – Venise). Ce livre, encensé par Gérard de Nerval, est à la fois un manuel d’alchimie, de cryptographie, de stéganographie, d’herboristerie médicinale, un guide pour les architectes et sculpteurs et un féerique récit d’amour. Pour Grasset d’Orcet, la licorne contient aussi des énigmes sorties de la cabale phonétique. Dans ses – Matériaux cryptographiques – il affirme que le  » Songe de Poliphile  » est un grimoire maçonnique. La licorne y représente, de même que le crâne, un grade. Il cite certains manuscrits trouvés dans des églises italiennes, où le lis apparaît auprès d’un crâne :  » licrane  » qu’il associe à la licorne. Catherine de Médicis, traductrice de Francesco Colonna obtint, paraît-il, le grade de Licrane. Les licranes étaient semble-t-il reliés comme François 1er et Rabelais à la très secrète confrérie du livre, l’Agla. En 1564 était publié le – Cinquième Livre – de Rabelais. Certaines de ses pages sont une adaptation du – Songe de Poliphile -. Mais il faudrait aussi faire des rapprochements fructueux avec – Le Château intérieur – de Thérèse d’Avila (XVIè s) ou – Le Voyage des princes fortunés – de Béroalde de Verville (1610), etc…

Quant à Rabelais, il nous emmène avec ses héros dans un bien étrange pays : le pays de Satin, dans l’île de Frize où les fleurs ne meurent jamais et où vivent trente-deux licornes.

A Versailles, le bassin de Neptune montre le dieu des océans Protée enlacé avec une licorne marine au milieu de roseaux et de poissons. Un énorme crabe dévore un serpent (Lemoyne – 1740).

Et bien sûr, il vous faudra tenir compte en toute interrogation du  » Secret de la licorne  » qui met en scène Tintin et le capitaine Archibald Haddock. Car pour certains il s’agit d’un livre à énigmes. Le capitaine Haddock a bien existé sous la forme de Nicolas Haddock capitaine de la flotte anglaise vers 1746 et la chanson d’Archibald  » Et yo ho ho ! et une bouteille de rhum !  » a été inventé par Robert Louis Stevenson dans  » l’Ile au trésor « …

A Lire :  » La Licorne  » – Francesca Y. Caroutch

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